Comprendre l’affaire du microparti de Marine Le Pen

Libération publie ce matin une enquête sur le financement de Jeanne, le microparti de Marine Le Pen. L’information judiciaire sur le sujet a d’ailleurs mené en janvier à la mise en examen de Frédéric Chatillon, patron de la société Riwal qui s’occupe des « kits de communication » des candidats FN.

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Le fonctionnement mis en avant est simple. Riwal fait produire des kits de campagne par des sous-traitants, avant de les vendre à Jeanne qui les revend ensuite au même prix aux candidats. En 2011, la version standard du kit coûtait 16 650 €. Son achat est obligatoire pour obtenir l’investiture du Front national.

La justice soupçonne une surfacturation de ces kits. La conception des tracts serait ainsi facturée à chaque candidat, alors que seule la photographie change sur chaque document. Ce qui pose la question du remboursement par l’État des comptes de campagne des candidats FN.

Pour les élections législatives, Jeanne a proposé aux candidats de leur prêter la somme requise à un taux d’intérêt de 6,5%, taux que le Front national justifie par la difficulté d’obtenir un prêt. La pratique est répandue. Cependant, les dates de début et de fin inscrites sur certaines conventions de prêts signées par Jeanne relèveraient du simple jeu d’écriture, et ce afin de gonfler la somme à rembourser par l’État et, donc, par le contribuable. Ce fait a été relevé par la commission des comptes de campagne qui, si elle n’a pas la possibilité d’investiguer les financements des partis, a retoqué plusieurs comptes de candidats.

Rue89 a révélé la semaine passée que les deux commissaires aux comptes qui ont certifié les comptes de Jeanne, commissaires qui sont choisis et rémunérés par les partis et qui sont seuls à avoir accès à leurs mouvements financiers, sont des proches du FN.

Plusieurs personnes cumulent les positions au sein du dispositif. Axel Loustau, trésorier de Jeanne, est ainsi actionnaire de Riwal. Nicolas Bay, secrétaire général du Front national, a aussi été employé par Riwal.

Les hommes au centre de ce système (Frédéric Chatillon, Axel Loustau et Philippe Péninque) sont les sujets d’un livre des journalistes du Monde Abel Mestre et Caroline Monnot, Le système Le Pen. Anciens membres du GUD, proches de l’extrême-droite néo-fasciste (notamment en Italie), l’un d’entre eux a par exemple ouvert le compte en Suisse de Cahuzac en 1992. Ils ont fait preuve à plusieurs reprises de violence à l’égard de journalistes qui enquêtaient sur le « système Le Pen », le plus récemment contre des journalistes de Mediapart.

L’enquête judiciaire a été étendue en septembre à la campagne présidentielle. La présidente du Front national, dont le nom n’apparaît pas dans les statuts de Jeanne, n’est pas inquiétée par cette procédure.

Marine Le Pen a annoncé ce matin porter plainte contre Libération.

La rédaction