Le FN et Syriza

Marine Le Pen a déclaré à plusieurs reprises souhaiter la victoire de Syriza, le parti de gauche radicale qui est annoncé en tête pour les élections législatives de ce dimanche en Grèce.

Drapeau grec

Certains, dont Syriza dans un communiqué de presse, ont dénoncé une hypocrisie du Front national. Alexis Corbière, secrétaire national du Parti de Gauche, a par exemple souligné que le FN avait soutenu aux précédentes élections le Laos, parti d’extrême-droite qui a appuyé la politique du gouvernement grec. Il évoque aussi, sur son blog, les propos de plusieurs cadres du FN qui ont exprimé un désaccord avec Syriza :

  • Gilbert Collard qui, sur iTélé, a déclaré : « Je ne me félicite pas que la gauche arrive au pouvoir en Grèce, hein… L’extrême-gauche, pardon. Car elle est toujours porteuse de totalitarisme. »
  • Wallerand de Saint-Just, trésorier du parti et candidat aux dernières municipales à Paris, a lui affirmé sur la même chaîne, après un discours hésitant, que le programme de Syriza « amènerait à mon avis la Grèce dans une situation peut-être encore plus difficile qu’elle ne connaît à l’heure actuelle ».
  • Bruno Gollnish a lui parlé, sur son blog, de « communisme messianique et humaniste », le « sans-frontiérisme et sans-papiérisme », une « machine à tuer les peuples et à écraser les nations ».

Le soutien de Marine Le Pen à Syriza est opportun : il lui permet de brouiller son positionnement alors que les amitiés du parti, en Europe comme en France, restent marquées par les droites extrêmes. Il lui permet aussi, comme l’explique Ludovic de Danne, conseiller aux relations européennes de Marine Le Pen, de s’inclure dans « un processus démocratique qui exprime le ras le bol de l’UE fédéraliste, l’austérité et l’euro ». Même si Syriza affirme vouloir rester dans l’euro.

Ce n’est pas la première fois que le Front national remet en question ses appuis à l’étranger. En Italie, Marine Le Pen avait ainsi apporté son soutien à Beppe Grillo. Celui-ci ayant finalement rejoint le groupe du UKIP au Parlement européen,  il est devenu, comme nous l’avions remarqué dans un article précédent, un « clown italien » pour Florian Philippot (25 juin 2014, RFI), Marion-Maréchal Le Pen parlant même d’un « Beppe Grillo connu pour ses saillies antisémites » (25 juin 14, BFMTV). Le Front national est aujourd’hui allié à la Ligue du Nord, mais a aussi discuté, comme l’écrit le journaliste Abel Mestre, avec le parti Fratelli d’Italia – Alleanza Nazionale avant les élections européennes, et avec la Destra en 2012.

En Espagne, si la présidente du Front national a déclaré espérer une scission du Parti populaire (droite actuellement au pouvoir), elle a aussi affirmé un intérêt pour Podemos à la télévision italienne (10′).

Le FN avait dû renoncer à créer un groupe au Parlement européen en juin dernier après avoir envisagé de s’allier au KNP, parti polonais qui propose entre autres choses de retirer le droit de vote aux femmes. Contrairement à ce qu’avait annoncé Marine Le Pen, le parti n’est pas parvenu à créer un groupe parlementaire depuis.

La rédaction