Le Front national aime-t-il les Français ?

Le Front national aime se présenter comme le seul parti patriote. Un élu municipal FN de Lourdes, Claude Heintz, affirme ainsi qu’être « patriote , c’est voter FN. Ceux qui se disent patriotes et qui ne votent pas FN, mais umps,sont contre la nation ! » Cet attachement à la nation que le Front national revendique est avant tout inquiet : il s’exprime d’abord en dénonçant. Et mène souvent les cadres, élus et candidats du Front national à mépriser les Français.

René Fonroques

Julien Rochedy, cadre national du parti, se laisse ainsi aller à un peu de romantisme : « Le français de 14, il est mort, bien mort, enterré, néantisé, fini à jamais… Le français de 14 – le français tout court – est un personnage suranné, une image vieille et grossière qui ne colle plus aux idéaux de ce siècle ; une relique, un cadavre dont les miasmes ne gênent même plus nos mémoires. Cela n’existe plus un patriote tout plein d’abnégation, pas plus d’ailleurs que ses valeurs portées en bedaine : l’honneur, la valeur, le courage, la terre, la force… qu’est-ce donc que tout ça ? Aux poubelles de l’Histoire s’il vous plait ! Au pilori ! Il ne faudrait pas que ça donne des idées…
Mais le céfran ! alors lui ! bien vivant qu’il est… bien puant, bien bête, bien con… Ah le céfran ! Comme il est content ! Comme il persifle, comme il croit, comme il pense… Ah le céfran… ce « français à l’envers » – à tous les sens du terme – que nous sommes tous plus ou moins, comme il a de l’avenir ! Ah lui, c’est sur qu’il ne risque pas de crever au fond d’un trou les armes à la main pour défendre son pays… Ah lui, c’est sur qu’il ne risque pas de se faire arracher la jambe gauche d’un mauvais tir d’artillerie, comme mon arrière grand père un triste mois d’aout 1914… Ah lui, ah ce céfran ! »

Bruno Gollnisch lui-même explique, dans une récente vidéo (11′), qu’il croit « que nos compatriotes sont prêts à gober tout et n’importe quoi sans faire le nécessaire tri dans la modernité ».

Jean-Christophe Gruau, ancien candidat à Laval et élu municipal, explique de même que « le gros du troupeau préfère regarder ce qui le fait descendre que ce qui le fait monter », et que le déclin de la France remonte… à la Révolution française.

Didier Labaune, tête de liste aux municipales à Saint-Denis, assure que nous sommes « un peuple de sodomites passifs,rien d’autre !!! ».

Sébastien Macrez, élu municipal de la mairie FN de Cogolin, traite pour sa part les Français de « con-con ».

Jean-Claude Gaillard, candidat lui à Déville-lès-Rouen, déclare de même que « LES FRANCAIS SONT TROP C…. ».

Nicolas Bailly, qui s’est présenté aux dernières élections municipales à Saint-Julien, a tenu des propos de même nature.

Laure-Emmanuelle Philippe, elle aussi tête de liste à Leucate, a dressé un portrait du Français chômeur, lève-tard, mal rasé, qui serait le « beau reflet de notre pauvre France ».

Isabelle Surply, responsable locale du FN dans le département de la Loire, retweete un message qui affirme que « la France est plus fascinante que les Français … ».

Isabelle Surply

Gérard Brazon, tête de liste à Puteaux, déclare lui mépriser le peuple parce qu’il ne vote pas en masse.

Bernadette Pieroni, tête de liste aux dernières municipales à St-Genis, conseille de ne « pas se fier » aux résultats d’enquêtes qui assurent que les Français veulent acheter français : « Ce que les gens disent, la plupart du temps, ils ne le font pas. » À commencer par le Front national, qui fabrique ses banderoles en Chine et ses T-shirts au Bangladesh.

La fédération FN du Lot parle, elle, d’un « degré de crédulité et de connerie des électeurs […] surprenant, même pour les socialistes », et suggère aux Français de travailler leur mémoire atterrante « de poisson rouge ».

Jean-Pierre Caloni, candidat à plusieurs élections pour le parti depuis 2011, est plus ferme dans ses propos : « des éternels : BATTUS COCUS ET ETERNELLEMENT CONTENTS DE L’ETRE,cela est irréversible et rien n’y pourra changer ,c’est dans leurs gènes de vaincus par cette classe politique umps qui depuis plus de 40 ans par alternance les anesthésie ,leur a enlevé leur esprit critique et les envoie tels des veaux à l’abattoir sans broncher! »

Laurent Gatine, candidat en 2011 dans l’Eure, s’inquiète sur Facebook : « leS FRANçAIS SONT ILS LÂCHES OU CONS ?? reveillez vous !! », traite les électeurs de son canton de « burnes », et dénonce surtout la réélection d’un opposant : « ses bourré de petits vieux qu’il comprenne rien a rien on et pas sortie du ca ca ».

Jean-Pierre Sanchez, élu municipal FN et candidat aux départementales dont nous avons révélé ici les « likes » homophobes, qualifie lui les électeurs de l’UMP et du PS de moutons.

Kevin Sorret, initialement investi comme tête de liste à Wattrelos et finalement candidat aux municipales à Loos, déclare de son côté : « Vive La Flandre Libre.. On récupère notre capital Lille(Rijsel) et on laisse à ce cher Etat Français le soin de récupérer sa merde multiculturelle qui serait si bien en région Parisienne.. Toutes les feignasses dehors ! Un rêve ! »

Christian Fournier, candidat aux précédentes cantonales à Villeblevin, écrit aussi, entre deux propos sur la « vérole importée », que « les francaouis sont des couilles-molles dans l’âme », ce qu’il répète par ailleurs : « FRANCAIS, vous n’êtes que des pauvres cons !!!! »

René Fonroques, qui s’était présenté à Lanester, critique lui, avec plus d’originalité, « l’utérus des pétasses françaises de souche !!! ».

On dit souvent, de manière caricaturale, que le Front national rejette tout ce qui est étranger. Nous avons voulu ici montrer autre chose. C’est l’idée d’une France essentielle et éternelle, plus qu’un attachement à son peuple, qui souvent prévaut au sein du FN. Cela engendre une contradiction : la France telle qu’elle existe est méprisée ; et le moindre élément (réel ou supposé) de déclin de la France est censé prouver l’existence de cette France essentielle, et n’est donc pas toujours regretté par le Front. Cette double contradiction se révèle souvent sur les sujets internationaux, que ce soit en diplomatie ou pour les compétitions sportives.

La rédaction