Le Collectif Racine

Ce texte est la suite d’un article paru ici

on-acheve-bien-les-francaisUn autre livre (On achève bien la France) de l’essayiste Arnauld de Tocquesaint, membre-fondateur du collectif FN des enseignants, le Collectif Racine, révèle que celui-ci soutient l’idée d’un pouvoir de nature militaire : « en suspendant toutes les aides sociales aux familles de délinquants (qui ne sont souvent qu’un complément à d’autres revenus illicites), en leur imposant pendant un an des travaux d’intérêt général, en les rééduquant dans des vrais centres fermés à la discipline militaire (et pas dans un château pour Fée Clochette), en désengorgeant une justice bien trop lente au profit du maire à un bout et de l’armée à l’autre bout de la chaîne de sanction, en mettant enfin hors d’état de nuire les rappeurs comme Abdoul X qui incite à « tirer sur les keufs », la délinquance urbaine fondrait comme neige au soleil » (p37).

Celui-ci affiche aussi, dans ce livre, sa crainte du métissage : « le multiethnicisme, c’est la guerre » (p168), « l’immigration de peuplement a créé au cœur du pays un problème ethnique qui le détruira » (p223), « les métisses se construisent souvent dans la radicalisation » (p228), « le métissage, tel qu’il est promu, il ne faut pas se tromper, c’est la négation du Blanc » (p229). Le « plan antinational » discuté dans La Face cachée de l’École est encore en action.

Mediapart, qui a étudié le programme d’éducation du Front national à l’élection présidentielle, considère que celui-ci ne propose que des mesures qui sont déjà en place. Le programme est surtout assez vague : il prend un ton républicain pour dénoncer la situation actuelle, mais ne propose aucun contenu précis. Un de ceux qui a élaboré ce programme est David Mascré, écrivain qui a menti sur son CV.

C’est aussi pour répondre à ce manque que Marine Le Pen a créé le Collectif Racine : pour enrichir le programme du Front national en matière d’éducation de mesures plus concrètes.

Michel Sibel, un des fondateurs, a ainsi expliqué lors de la conférence de présentation du collectif qu’il faut « redresser les corps [avachis] et l’école se redressera ». Il parle aussi de « la prophylaxie des atteintes de la colonne vertébrale », de « la culture de la fatigue », et de « réhabiliter le corps opératoire ». Valérie Laupies, qui se dit « intéressée » par Alain Soral, glisse qu’on sauvera le niveau « en freinant leur nombre [les enfants d’origine étrangère] qui tend à devenir majoritaire dans les classes ».

Jean-François Sauvage, lui aussi fondateur du mouvement, distille surtout sur les réseaux sociaux des blagues sur le régime nazi. Mais pas seulement. Il déclare aussi que « la mort d’un sociologue, c’est un drame… La mort de tous les sociologues, c’est le début de la solution… », message « aimé » par le secrétaire général du Collectif Racine (Alain Avello) ; relaye un message du skinhead Serbe Ayoub, et insulte « Phillippétasse » (sic) ; se moque avec le même Alain Avello d’une jeune étudiante qui avait soutenu François Hollande aux présidentielles, Alain Avello la traitant de gourde et faisant de tout bobo un « con emblématique » ; rappelle aussi la une de Minute sur Taubira, qu’il trouve « finalement » flatteuse ; affirme que « pour des dingos de LGBTasses, il n’y a pas de réalité… » ; et s’amuse d’un acte de cannibalisme « y’a bon, Banania ? », avant de parler du « Mur des Lamentables » pour le « Mur des Lamentations ».

Plus concrètement, les articles du Collectif Racine révèlent plusieurs contradictions. La première « lettre » du Collectif Racine veut en effet revaloriser « les langues vivantes, mais aussi anciennes », « de même que l’enseignement des sciences, les vocations scientifiques devant être ravivées » (p2) et les cours d’Histoire (p3). Le Collectif Racine assure pourtant régulièrement qu’il faut en revenir aux enseignements fondamentaux que sont le Français et les mathématiques. Discuter des programmes est bien entendu essentiel : l’absence de cette question a d’ailleurs été reprochée à la réforme de l’éducation de François Hollande, qui ne s’est occupée que des rythmes et des effectifs, à l’exception d’un cours de « morale laïque ». Mais se contenter de dire que chaque matière doit être revalorisée, est-ce pertinent ?

Nous nous référons, pour ce qui suit, à l’excellent article de Visa qui, si on peut discuter de nombreux points, a le mérite d’être extrêmement étayé et de ne pas fermer le débat aux thèses républicaines sur l’école, portées à gauche par Jean-Claude Michéa ou Marcel Gauchet, et à droite par Jean-Paul Brighelli ou Alain Finkielkraut.

L’article s’emploie d’abord à montrer que la conversion à la République du programme éducatif du Front national est surtout rhétorique (on peut aussi se référer à la deuxième page de ce document) : Alain Avello, secrétaire général du mouvement passé par le « national-bolchévisme », parle davantage de Nation, la République étant simplement « la forme politique moderne de la France », admissible parce que en elle « s’est perpétuée cette glorieuse histoire qui, de Clovis à de Gaulle, a fait sa grandeur ». Yannick Jaffré, autre fondateur du mouvement, ne dit pas autre chose, citant même le nom de Maurras pour assurer qu’il ne faut désespérer pas de la République. S’il déclare croire en un redressement de l’école publique, la mise en garde de Yannick Jaffré contre l’école libre et le chèque éducation que défendait Jean-Marie Le Pen ne se base pas sur une quelconque idée républicaine : il rappelle plutôt que « les catholiques, en effet, ne seraient pas les seuls bénéficiaires du chèque éducation, mais aussi les musulmans, nombreux, les juifs, déterminés, les évangéliques, activistes […] car c’est bien aussi, à travers la question de l’école, du catholicisme qu’il s’agit entre nous, aujourd’hui, et de son lien spécial, électif avec la France. Et je le dis avec force, il est de l’intérêt de la nation que le catholicisme vive, parce que le catholicisme, c’est la France ».

Yannick Jaffré n’est pas un personnage lisse. Agrégé de philosophie, il affirme dans un livre sur Vladimir Poutine que « le coup de génie (ou de gangster) du judaïsme, ce n’est pas de doper à la « théologine » la constitution d’un peuple (les païens le faisaient sans complexe universaliste), c’est de faire passer son bien propre pour le salut de l’humanité entière. Dès lors les autres, goys ou kafirs, sont au mieux des montures, au pire des obstacles sur la voie du Bien vers lequel l’élu les conduit, bon gré mal gré, morts ou vifs. A leur égard, tout est permis : duplicité, mensonge, violence, double discours, morales à usage interne et externe ». Il fait aussi plusieurs références, plus ou moins discrètes, à Alain Soral au cours de ses interventions : il glisse une référence à Égalité et Réconciliation (5’30), à la quenelle (17’50), ou au surnom que Soral attribue à Manuel Valls (27’30).

L’article de Visa cite aussi les écrits de l’historien Antoine Prost pour déconstruire le mythe de Mai 68 que propose le Collectif Racine : une large partie des travaux (Freinet, Decroly, Montessori) qui inspirent les réflexions pédagogiques d’aujourd’hui sont, par exemple, antérieurs à cette date.  Il démontre aussi d’autres incohérences du Collectif Racine, qui assure défendre le jacobinisme et l’autorité des enseignants tout en invitant les maires frontistes à contrôler les sorties scolaires proposées aux élèves, ou qui méconnaît le cadre de recrutement des intervenants extérieurs.

Si le Collectif Racine assure défendre l’apprentissage et la formation, un cadre du FN, Dominique Martin, aujourd’hui député au Parlement européen, la rejette : elle ne servirait, selon lui, qu’aux personnes immigrés à qui on proposerait « le Club Med (…) toutes options, sauf (…) l’assurance rapatriement ». La citation se trouve sur le blog EELV de Rhône-Alpes.

Marion-Maréchal Le Pen cite, elle, des chiffres « bidon » sur l’absentéisme scolaire, ainsi que sur l’enseignement des langues étrangères à l’école.

Un autre article, paru cette semaine, rappelle le bilan des municipalités FN actuelles pour l’éducation. Citons, par exemple, l’augmentation du prix des cantines dans plusieurs villes (mesure qui rapporte peu à la municipalité et pèse sur les finances des parents les plus démunis), ou le dénigrement des professeurs.

La rédaction