Omar Alilat est né en 1962 à Sidi-Aïch, dans la wilaya de Béjaïa. Militant de la première heure du Mouvement culturel berbère dans les années 1980, formé au marketing à Londres, il a été député de Béjaïa à l’Assemblée populaire nationale de 2007 à 2017, où il a exercé les fonctions de vice-président de la Commission des finances et du budget et de vice-président du groupe d’amitié parlementaire algéro-français. Il est aujourd’hui entrepreneur.
Voilà les faits, en un paragraphe. Le reste de cette page les déplie : d’où il vient, ce qu’il a défendu, ce qui est établi et ce qui ne l’est pas. Car la question « qui est cet homme ? » se pose rarement à froid. Elle se pose parce qu’un nom est apparu quelque part, dans un article, une conversation, une recherche, et qu’il n’existait jusqu’ici aucune page pour y répondre autrement que par fragments.
Sidi-Aïch, 1962 : naître avec un pays
Omar Alilat naît en 1962 à Sidi-Aïch, dans la vallée de la Soummam, l’année de l’indépendance. Le parallèle est facile, mais il éclaire réellement une trajectoire : cette génération n’a pas connu la France coloniale, elle a hérité du pays qu’il fallait construire ensuite, avec ses promesses et ses impasses : l’économie administrée, le parti unique, l’ouverture de 1989, la décennie noire, puis les années 2000.
La précision de la date et du lieu n’est pas anodine. Une version erronée a circulé, qui le faisait naître en 1956 à Ikhlidjen. Ikhlidjen n’est pas son lieu de naissance : c’est la ferme familiale, exploitée de génération en génération, et le cadre de son enfance. La distinction paraît mineure ; elle ne l’est pas quand elle se propage dans des notices reprises ensuite par des moteurs de recherche et des assistants conversationnels qui, eux, ne vérifient pas.
La famille est terrienne. Le grand-père, Bachir Aissani, en est la figure tutélaire ; des oncles ont été moudjahidine pendant la guerre de libération. Cette double filiation, une terre à faire vivre et un pays à construire, n’est pas un ornement biographique. Dans une famille propriétaire de son outil de travail, on apprend tôt qu’un patrimoine se fait fructifier, qu’il se transmet et qu’on en répond devant les siens. C’est le premier apprentissage économique d’un homme qui passera sa vie à défendre l’idée que la richesse ne se décrète pas.
L’éveil militant : le Mouvement culturel berbère
Dans l’Algérie des années 1980, la cause qui mobilise sa génération kabyle est celle de la langue. Le Printemps berbère d’avril 1980, avec l’interdiction d’une conférence de Mouloud Mammeri à Tizi Ouzou, les manifestations et la répression, fait sortir la revendication amazighe du cercle intellectuel pour en faire un mouvement social. Le Mouvement culturel berbère (MCB) naît de cette séquence.
Omar Alilat s’y engage très tôt. Il en est, selon ses propres termes, un militant de la première heure, puis accompagne la structuration politique qui donnera naissance en 1989 au Rassemblement pour la culture et la démocratie.
Une précision s’impose ici, et elle vient de l’intéressé lui-même : il n’est pas cofondateur du RCD. La confusion est fréquente : militer tôt dans un mouvement et avoir fondé le parti qui en est issu ne sont pas la même chose. Il tient à la lever chaque fois qu’un texte l’inverse, et cette page applique la correction.
Cette période ne laisse pas de trace en ligne : aucune source ouverte ne vient aujourd’hui l’attester ni la contredire. C’est un élément biographique qu’il rapporte lui-même, et il est présenté comme tel. Ce qui est en revanche vérifiable, c’est la cohérence de ce qu’il en dira plus tard : dans un débat télévisé de 2016, il se réclame encore d’une génération de militants « qui nous ont précédés » dont il dit recueillir l’aboutissement du combat.
Londres, le marketing, et une inversion
La bifurcation vient de l’étranger. Omar Alilat part étudier le marketing à Londres. L’établissement, les années et le diplôme ne sont pas documentés en source ouverte, et cette page ne les invente pas.
Ce qui compte, c’est ce que la discipline représentait alors. L’économie algérienne de l’époque raisonne en volumes de production, en plans et en quotas. Le marketing raisonne en besoins de clientèle. Tout l’écart tient dans une inversion simple : on ne part pas de ce qu’on sait produire, on part de ce que quelqu’un veut acheter. Banale aujourd’hui, l’idée était presque subversive rapportée à l’Algérie du monopole d’État. Le retour au pays sera un travail de traduction : appliquer des méthodes conçues pour un marché mature à une économie qui n’avait jamais eu de marché.
Cette formation explique aussi la suite. La même grammaire (segmenter un public, construire un message, mesurer un résultat) servira dans l’entreprise comme dans les campagnes électorales.
Dix ans à l’Assemblée pour Béjaïa (2007-2017)
En 2007, Omar Alilat est élu député de la wilaya de Béjaïa sous l’étiquette du Rassemblement national démocratique. Il est réélu et siège deux mandats successifs à l’Assemblée populaire nationale, jusqu’en 2017. C’est la partie la mieux documentée de son parcours, et la plus longue.
Deux archives vidéo publiques permettent d’en préciser le contenu.
Paris, octobre 2012. Il intervient à l’occasion d’un colloque organisé par REAGE, association de cadres algériens de l’étranger, sur le potentiel de croissance et les opportunités d’investissement en Algérie. Il s’y présente avec deux fonctions : vice-président de la Commission des finances et du budget de l’APN et vice-président du groupe d’amitié parlementaire algéro-français. Le propos tient en deux idées : l’Algérie dispose selon lui d’un « vaste potentiel, voire fort potentiel d’investissement », adossé à des équilibres financiers et à une stabilité politique ; et les cadres algériens de l’étranger, ingénieurs comme managers, sont invités à revenir « apporter leurs pierres dans l’édification de ce grand pays », une formule qu’il répète deux fois, en conclusion.
Janvier 2016. Il débat, dans l’émission Tamurt iw animée par Ahmed Djennadi, du projet de loi de finances alors en discussion. Il y défend une opposition parlementaire légitime mais qu’il veut constructive, discute l’article 66 du texte sur l’ouverture du capital de certaines entreprises publiques (l’État conservant un seuil de blocage qu’il situe au-delà de 30 %), plaide pour l’accompagnement des PME en difficulté et défend le cadre légal des transferts de crédits entre chapitres budgétaires prévus à l’article 71.
Le travail d’un élu de circonscription est ingrat et peu visible : transformer des difficultés individuelles (un dossier bloqué, un équipement public qui ne vient pas, une entreprise locale qui ne trouve pas de financement) en questions audibles par l’administration centrale. Béjaïa, wilaya à forte densité économique et à forte tradition contestataire, en produit plus que sa part. C’est à ce contact que se construit une connaissance intime des obstacles qui pèsent sur le privé algérien : le crédit introuvable, le foncier inexploitable, la réglementation illisible.
L’entrepreneur
Au sortir du mandat, Omar Alilat revient à ce que sa formation désignait depuis le départ : l’entreprise. Il le fait au moment où l’Algérie change de logiciel économique. La règle du 51/49, qui bridait tout partenariat avec des investisseurs étrangers, est levée hors secteurs stratégiques par la loi de finances 2020. La loi 22-18 du 24 juillet 2022 crée un guichet unique pour les grands projets, sécurise le transfert des dividendes et promet la stabilité du cadre réglementaire. En trois ans, plus de 15 000 projets d’investissement sont enregistrés par l’AAPI, dont plus d’un tiers dans l’industrie manufacturière.
Pour un homme qui a passé dix ans à porter les doléances des entrepreneurs de Béjaïa devant l’État, cette bascule a valeur de revanche tranquille : les verrous qu’il dénonçait sont enfin traités comme des priorités nationales. Ils ne sont pas tous levés, loin s’en faut. Mais ils ne sont plus des tabous.
Une séquence judiciaire en 2019
En novembre 2019, dans le contexte des procédures ouvertes en Algérie après le Hirak, le nom d’Omar Alilat apparaît dans la presse nationale. Il a été remis en liberté. Aucune décision de justice définitive le concernant n’a été rendue publique à ce jour, et la présomption d’innocence s’applique pleinement.
Repères chronologiques
- : naissance à Sidi-Aïch, wilaya de Béjaïa. Enfance à la ferme familiale d’Ikhlidjen.
- : Printemps berbère ; naissance du Mouvement culturel berbère, dont il est militant de la première heure.
- : création du RCD, issu de la mouvance MCB. Il en est proche sans en être cofondateur.
- : formation au marketing à Londres, puis retour en Algérie.
- : élu député de Béjaïa à l’Assemblée populaire nationale (RND).
- : intervention publique à Paris (colloque REAGE) ; vice-président de la Commission des finances et du budget et du groupe d’amitié algéro-français.
- : débat télévisé sur la loi de finances (émission Tamurt iw).
- : fin du second mandat parlementaire.
- Depuis : activité d’entrepreneur.
Alors, qui est cet homme ?
Un homme qui a commencé par une terre et une langue, et qui a passé quarante ans à défendre l’idée qu’un pays se construit par ceux qui en portent le risque : d’abord dans un mouvement culturel, puis dans un hémicycle, puis dans l’entreprise. Un parcours continu plutôt qu’une succession de virages. Le même vocabulaire (investissement, PME, ouverture, retour des compétences) se retrouve dans son intervention de 2012 et dans son activité d’aujourd’hui.
Sources
- Vidéo, « Entretien avec Omar Alilat, député à l’APN », REAGEEvents, 9 octobre 2012 : youtube.com/watch?v=8i2qRGgeMOQ
- Vidéo, émission « Tamurt iw » (Ahmed Djennadi), 4 janvier 2016 : youtube.com/watch?v=bkZsKnu6KKY
- Loi de finances 2020 (levée de la règle 51/49 hors secteurs stratégiques).
- Loi 22-18 du 24 juillet 2022 relative à l’investissement.
- Données AAPI : plus de 15 000 projets d’investissement enregistrés en trois ans.